Adoum Dangaye Nakour Guet

« Ce qui est important d’en tirer les leçons pour qu’à l’avenir... »

Nous ouvrons cette semaine un dossier sur l’agro-business ouvert par la rédaction. Un secteur prometteur pour l’essor de l’économie tchadienne, mais qui malheureusement n’est pas développé. Les causes sont profondes. Le Visionnaire donne la parole aux acteurs concernés qui diagnostics ces causes et s’expriment sur la nécessité de développer l’agro-business, qui pourrait donner du souffle à l’économie nationale. Le premier interviewé est le ministre de la Formation professionnelle et de la Promotion des métiers, M. Adoum Dangaye Nakour Guet.

Interview réalisée par Juda Allahondoum

Le Visionnaire. L’effondrement ces trois dernières années, des cours mondiaux du pétrole a incliné le Gouvernement à faire un recentrage sur les secteurs du développement rural : l’agriculture et l’élevage. Quelles sont concrètement, en ce qui concerne le département que vous avez la charge, dans le cas particulier des métiers spécialisés de l’agriculture, les dispositions prises pour rendre effectif un emploi optimal de la main d’œuvre nationale dans la perspective d’un développement à grande échelle visant l’allègement de la perte des revenus pétroliers par des revenus qui seraient tirés du secteur agricole ?

Adoum Dangaye Nakour Guet. Je voudrai avant tout m’acquitter d’un devoir, de profiter de cette opportunité que vous offrez pour vous remercier de l’intérêt que vous accordez à ce que nous faisons dans le gouvernement.  Je suis parfaitement disponible à communiquer sur les métiers et les activités de mon département. Ceci étant par rapport à la question pertinente que vous avez soulevé, je voudrai dire que le développement des métiers de l’agriculture est une question très importante pour le Tchad. On a coutume de dire que l’agriculture et l’élevage constituent les deux mamelles de l’économie Tchadienne. Pour ce qui est du  ministère de la Formation professionnelle et de la Promotion des métiers dont j’ai la charge, il faut reconnaître que c’est un département très jeune qui est en train d’être assis. L’organigramme vient d’être validé et une équipe est en train de se constituée. Qu’à cela ne tienne, mais à la tête de ce département on est en train de mettre en place une stratégie de la formation professionnelle et de la promotion des métiers étroitement en lien avec les potentialités du pays dont la promotion et les métiers constituent le développement. En d’autres termes, l’optique de la modernisation de l’agriculture qui passera forcement par sa fiscalisation que les plus hautes autorités du pays y pensent de tout temps. Il nous faut donc former les gens dans les métiers qui sont liés à ce secteur. Notamment des types d’utilisation des matières agricoles qui sont les tractoristes, des conducteurs réparateurs, des mécaniciens et bien d’autres. Nous voulons que les bénéficiaires de la formation aient les compétences en entreprenariat pour qu’ils ne soient pas seulement de gens qui cherchent un emploi mais également capables d’en créer en s’installant à leurs propres comptes, notamment en développant des activités productives d’un ou des prestations du service, les activités génératrices du revenus.  Ainsi , non seulement employer mais également créer des emplois pour les autres. Les dispositions prises pour rendre effectif un emploi de la main d’œuvre nationale pour un développement concerne essentiellement la reprise des centres de la formation professionnelle et technique du pays. Nous disposons presque de 15 centres de formations techniques et professionnelles que nous allons donner cette nouvelle orientation et recherche, les moyens nécessaires à l’accomplissement de cette formation pour des gens qui sont engagés. Ce qui permettra à très court terme au département de disposer d’un document de la formation professionnelle et de la promotion en la matière, afin de fournir les ressources nécessaires à sa mise en œuvre.

 

L’accroissement des revenus agricoles passe par la modernisation du secteur. Or dans cette perspective, on l’a vu, le projet initié par la Société Tchadienne de Coton (STCOT), au cours du dernier trimestre 2016, qui a suscité de nombreuses controverses, en ce qui concerne ses impacts positifs sur les producteurs ruraux, notamment, l’accroissement de leurs revenus et de leur niveau de vie. Quel a été l’apport de votre département sous le rapport des emplois attendus de cette société, dans le cadre de la promotion de l’emploi en rural....?

Concernant le projet de la société tchadienne du coton, le département de la Formation professionnelle et des Promotions des métiers n’a pas été associé. Mais la question de la formation professionnelle et de la promotion des métiers dans le cadre de ce projet nous interpelle tous. Raison pour laquelle nous considérons ce projet comme une opportunité et le prenons en compte dans la réflexion globale en cours pour les actions à mettre en œuvre pour optimiser son impacte sur l’économie nationale.

 

On se rappelle la malheureuse expérience des travaux de construction du pipeline Doba-Kribi du projet pétrole, pour lesquels la plupart des emplois spécialisés sont allés aux expatriés, ce qui représente une perte nette d’emplois et des revenus pour les nationaux. Avec l’entrée attendue du Tchad dans l’agrobusiness, en l’occurrence la création des exploitations agricoles de dimension industrielle, quelles sont les dispositions prises pour préparer la main d’œuvre tchadienne à se qualifier pour les différents métiers ?

A cet effet nous convenons que la préparation du Tchad pour les travaux de construction du pipeline Doba comme le crédit du produit pétrolier a été insuffisant. Mais il est également illusoire de penser qu’on peut former des nationalistes dans tous les  métiers  spécialisés du pétrole avant le démarrage des travaux. On peut le prendre en compte, mais cela n’empêche pas qu’on aurait pu faire mieux. Mais ce qui est important d’en tirer les leçons pour qu’à l’avenir, nous ne puissions retomber dans de telles erreurs. Pour revenir à la  préparation du Tchad à son entrée probable dans l’agros business, nous rappelons de ce que nous avions du demandé l’élaboration à court terme d’un document de politique sectoriel dont découlera un plan d’action à mettre en œuvre dans un proche délai.

 

Une des raisons des limites sinon de l’échec de la grande initiative gouvernementale dans le domaine du développement rural ces dernières années, le Programme National de Sécurité Alimentaire (Pnsa), en particulier dans ses actions de mécanisation du labour, peut s’expliquer par l’absence des qualifications dans les métiers spécialisés (tractoriste, mécanicien de tracteur) de l’agriculture.  Quels sont les objectifs réalisés par votre département après un an d’exercice ? En quoi se décline sa stratégie de promotion des métiers du développement rural ?

Au sein du ministère de la formation professionnelle et de la promotion des métiers, nous sommes chargés de la conception, de la coordination de la mise en œuvre et du suivi de la politique du gouvernement en matière de la formation professionnelle, des micro finances et des métiers. A titre de première responsabilité l’élaboration d’un document de politique sectoriel en matière de micro finance. Bien que le ministère ait déjà un an d’existence, ce document de base n’existe pas encore et nous nous attelons à sa production. Pour ce qui est de la micro finance inclusive, le document est élaboré en 2016 et nous allons entamer le processus de son adoption. Mais la stratégie nationale de finance exclusive prévoit dans son premier axe du développement de l’économie locale au niveau de communes et de sous préfectures par des appuis en stratégie économique et de la mise en œuvre des mesures incitatives  en entreprenariat, créatrice d’emploi. Ce développement sera soutenu par une offre de service. Le produit financier adopté, c’est le monde rural qui sera la cible principale de ces actions.

 

Le Président Idriss Deby Itno a énoncé de façon insistante et continue des engagements forts en faveur de la promotion du monde rural.  Quelles sont les actions précises entreprises par votre département en termes de projet visant à rendre plus attractive, notamment par la création des emplois garantissant des revenus décents et soutenables, la vie en milieu?

Comme vous avez bien souligné, les plus hautes autorités du pays en l’occurrence le Président de la république du Tchad, SEM Idriss Déby Itno a de tout temps une vision claire à toutes les questions qui concernent la vie de nos concitoyens et surtout pour les populations dans le monde rural. Nous pensons que c’est une vision tout à fait claire et qui peut se justifier à plus d’un titre. Le président de la république a une vision orientée et bien claire qu’il se fixe des objectifs pour atteindre l’émergence à l’horizon 2030. Donc, le développement de l’économie locale va de sens également de ses orientations. Il s’agit de créer les conditions de vie au centre du monde rural et deux des ses mandats ont été orientés vers ces objectifs. Il améliore également leurs conditions de vie par l’augmentation de leurs revenus grâce à des activités de production végétale et même animale. Ce qui va permettre de freiner aussi  l’exode rural. Au-delà de ce ministère dont j’ai la charge actuellement de conduire à sa destinée et aussi de privilège, un ministère qui travaille en étroite collaboration avec les partenaires. Au titre de partenariat,  je pense que nous avons un programme dénommé programme d’appui à la finance exclusive  dont la première phase est déjà achevée et la seconde sera réalisée dans les jours qui suivent. C’est un programme qui est  financé par le PNUD, et un autre projet dénommé Projet Micro Finance Islamique au Tchad (PMFIT). Ces deux projets et programmes viennent appuyer  les efforts du gouvernement Tchadien pour qu’il  encourage les établissements de micro-finances et oriente ses actions vers les couches vulnérables pour la prise en compte des préoccupations des jeunes et des femmes. A travers ce programme d’appui, les intéressés apportent leurs soutiens par rapport à des activités génératrices des revenus. Ces sont ces programmes qui évoluent sous la  bienveillance de la république du Tchad et aussi, le PMFIT qui est un projet  pour la micro finance islamique au Tchad que le financement incombe le guide d’une institution bancaire qui accompagne le gouvernement dans ses efforts. De manière globale, nous pensons que les actions du gouvernement sont une action orientée vers les couches vulnérables et vers la ruralité. C’est une politique globale d’un Etat.  Nous ne pouvons pas faire une politique morcelée s’il y a des préoccupations un peu partout.

 

Considérant la crise financière que traverse le Tchad, et surtout avec les 16 mesures d’austérité, pensez-vous que vos objectifs pourront être atteints ?

Oui, la crise qui frappe n’affecte pas seulement le Tchad mais elle est ressentie partout dans le monde. C’est la crise conjoncturelle. Avec ces mesures, il faut reconnaître qu’il y a également la volonté des uns et des autres pour juguler cette crise. Quand  il y a la crise, il va falloir s’adapter à la nouvelle donne pour avoir de bonnes habitudes, changer de comportement tout en prenant en compte  des actions qui peuvent être des actions porteuses de fruits et des résultats avérés. Nous continuons à ressentir et à vivre au même titre que les autres institutions étatiques. C’est une situation exceptionnelle donc il va falloir faire face et aussi répondre à ses engagements.  Pour finir, ce n’est pas une nouveauté ni une spécifiée Tchadienne.  Si la crise est là,  il faut la prendre comme telle, et allez avec des solutions plus appropriées pour surmonter ces obstacles avec des appuis de nos partenaires et aussi la compréhension de tout un chacun.

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir