République démocratique du Congo

Moïse Katumbi, le feu avec lequel Kabila s’amuse

A peine déclaré candidat à la présidentielle prochaine de son pays, l’homme d’affaire congolais Moïse Katumbi Chapwé fait l’objet d’une poursuite judiciaire du ministère public congolais, l’accusant d’avoir recruté des mercenaires étrangers en vue de déstabiliser les institutions républicaines. Mais, cette affaire risque de mal tourner pour le président Joseph Kabila.

Ben Yacoub Tarkodji

Deux auditions au parquet de Lubumbashi (les 9 et 11 mai 2016), et toujours accompagné d’une forte mobilisation de ses partisans, l’ex-gouverneur de la province de Katanga, Moïse Katumbi est l’adversaire qui inquiète en ce moment le pouvoir de Kabila. Rendu célèbre grâce au club congolais, le Tout puissant Mazembé, Moïse était un membre influent du  PPRD, le parti de Joseph Kabila qu’il a soutenu jusqu’en septembre 2015. Il démissionna cette année-là, et de son poste de gouverneur et du parti en signe de protestation à Kabila qui insinue des manœuvres  pour rester au pouvoir au delà de son mandat légal, en violation de la Constitution de la RD Congo.  Dès lors, Katumbi est entré dans l’opposition et devient la bête à abattre pour les kabilistes.

L’accusation portée contre lui selon laquelle, il aurait recruté des mercenaires étrangers, notamment américains dans le but de déstabiliser les institutions républicaines, serait un alibi pour Kabila fils, de noyer son ancien compagnon, et de l’empêcher d’être candidat à la prochaine présidentielle, estiment nombre d’observateurs.  Parce qu’en face, le riche homme d’affaire, soutenu par les partis de l’opposition qui forment le G7 et la Coalition de l’opposition congolaise pour l’alternance pèse lourd. Il est le deuxième homme fort de la RDC après Joseph Kabila, et l’homme de l’année 2015 d’après un sondage réalisé par l’hebdomadaire Jeune Afrique. Un adversaire de taille. Même si le porte parole du gouvernement congolais Albert Mendé dément sur les medias internationaux que les poursuites engagées contre Katumbi n’ont rien à voir avec la présidentielle à venir mais vise plutôt la sécurité du pays, il y a lieu d’affirmer qu’il est impossible de ne pas établir une relation entre les deux faits. Entre la déclaration de candidature de katumbi et l’interpellation, il n’ y a que 5 jours sinon 2, si on se réfère à la première convocation non notifiée, à laquelle l’intéressé n’avait pas répondu.  Et pourtant, selon la presse libre congolaise, il n’est un secret pour personne, que l’ex gouverneur de Katanga, avait une protection privée, constituée d’expatriés. Kabila le savait aussi. Se réveiller au moment où il n’est plus en service pour le poursuivre ne peut qu’être assimilé à un règlement de comptes. Et à l’allure où vont les choses, l’opinion internationale ne sera pas surprise de voir la justice congolaise prendre partie dans ce feuilleton judiciaire pour clouer au pilori Katumbi. Et mettre fin à ses ambitions de succéder à Kabila en décembre prochain, si il y a élection. Mais, le danger dans tout çà, c’est que Kabila lui-même risque de perdre son fauteuil avant le temps échu s’il continue à persécuter Katumbi. Surtout que la tension monte d’un cran dans les états major de la société civile, et de l’opposition. Des journées villes, des marches pacifiques, sont prévues pour soutenir celui qui par ses moyens, a porté le club TP Mazembé dans la cour des grands et relancé en moins de dix ans, l’économie dans la province de Katanga. Le Front citoyen, une coalition entre l’opposition congolaise et la société civile pour la défense de la Constitution monte au créneau en invitant les congolais à la résistance face aux manœuvres dilatoires de Kabila.  Du côté des Chancelleries étrangères, Katumbi bénéficie d’un soutien sans faille. Ces dernières ne cessent d’interpeller la justice congolaise à demeurer impartiale dans ce dossier. Et à Kabila de ne pas se représenter à la prochaine présidentielle, en respect à la Constitution congolaise.

Le risque d’embrasement

 Pour nombre d’observateurs, si la justice ne dit pas le droit dans cette affaire, ça sera la rue qui décidera. Le Congo qui a assez souffert de la guerre, risque de replonger dans ce cycle infernal, aux conséquences énormes. Car, cet homme (Moïse Katumbi) né d’un mariage entre congolaise et un juif  ayant fui les deux guerres mondiales pour s’installer au Congo et pratiquer la pêche, a une popularité très grande, jamais, égalée au pays de Mobutu. Ses actions palpables et encourageantes à la tête de Katanga, notamment, dans l’emploi, les infrastructures, l’agriculture, l’éducation,  l’ont permis de soigner en plus du club TPM, son image sur l’ensemble du territoire. Les Congolais voit en lui, l’homme providentielle, capable de porter la RDC sur les sentiers de l’émergence. Les occidentaux avec qui il a des fortes liaisons y croient aussi.  Mais, Kabila ne serait pas d’accord. D’où cet acharnement en vue de l’éliminer de la course au fauteuil présidentielle. Vaille que vaille.

Ce qui se passe en RDC est propre à l’Afrique. Lorsqu’un dirigeant, aveuglé par la boulimie du pouvoir, se voit menacer un leader de la société civile ou de l’opposition, instrumentalise les institutions de la république pour assouvir ses pulsions. Les exemples sont légion. De la Côte d’Ivoire au soudan, en passant par le Tchad, le Congo de Sassou, le Cameroun, les chefs d’Etat n’hésitent pas à instrumentaliser à leurs causes, la justice pour se maintenir au pouvoir. Mais, il est grand temps,  que ces présidents africains sachent, que l’époque de ces manœuvres est révolue. Les peuples africains, plus que matures, ont tout compris. Inutile de jouer avec la conscience collective. L’Afrique a abordé  depuis un quinquennat déjà, une nouvelle ère de démocratie, après celle des coups d’Etat à répétition. Aujourd’hui, et plus que jamais, les peuples africains se font entendre par la rue, la plus grande armée. Quitte aux régimes dictatoriaux de massacrer par millier, pour enfin se retrouver devant la justice internationale.