Au royaume de l’Empereur Mahamat Délio

Remplacé au titre du décret 680/PR/PM/MATGL du 24 octobre 2016 à la tête de la région de Wadi Fira, le général Mahamat Délio Tangal en poste depuis quatre ans monterait des faux dossiers pour s’éterniser au trône, apprend-on des couloirs du ministère de l’Administration du territoire et de la Gouvernance locale. La thèse trouvée est la question de la sécurité dans cette région, ex bastion des rebellions armées.

Murrow Issa Changéngar

Le sujet est sur toutes les lèvres dans le Wadi Fira ces derniers jours. Cèdera ou ne cèdera pas son fauteuil à l’ancien ministre de l’Economie et du développement touristique M. Aziz Mahamat Saleh. Mahamat Délio Tangal, en poste depuis 2012 dans le Wadi Fira a-t-il pondu des œufs dans cette région au point de ne pas le quitter ? En tout cas, c’est l’inquiétude de nombreuses personnes de cette région.

Alors que le remplacement de Délio Tangal est suivi d’une grande euphorie de la population de cette localité asphyxiée par sa gestion autoritaire des affaires de la région, l’homme fait feu de tout bois pour faire abroger le décret le sautant. Avec les chances que sa plainte puisse trouver écho favorable auprès du raïs, l’euphorie semble faire place au doute, et la mélancolie s’installe. Car, connaissant l’homme, aussi plus proche du chef de l’Etat, il se pourrait que le décret le remplaçant aille à l’eau. Surtout aussi qu’il est soutenu par plusieurs généraux plus proches de Déby.

A N’Djaména depuis quelques temps pour faire abroger  le décret, l’homme soutient qu’il est le seul à faire régner la sécurité dans cette partie du territoire. Mahamat Délio estime qu’après lui, ça sera le déluge dans le Wadi Fira. Que les rebellions pourront renaître. Que le pouvoir de Déby serait menacé. Que Déby pourrait être renversé en quelques jours seulement. Un argument qui fait paniquer l’ex médiateur de la République aux manettes de l’Administration du territoire et de la Gouvernance locale, M. Bachar Ali Souleymane. Fait-il allusion aux éléments du Fact (Front pour l’alternance et le changement) basés dans le sud de la Lybie, qui ne peuvent avancer dans l’extrême nord du Tchad à cause de l’armada de guerre installé par le pouvoir dans le BET ? Certainement. Et pourtant, il n’est un secret pour personne que depuis 2008, le Tchad a retrouvé sa stabilité sécuritaire et n’est pas menacé par les mouvements rebelles qui se sont volatilisés dans la nature avec leur échec aux portes du palais rose le 2 février 2008. Avancer la raison de rébellions pour se maintenir à un poste d’administrateur, c’est autant créer soi-même une rébellion là où elle n’existe pas. Même s’il y a l’insécurité comme le prétexte en sourdine le gouverneur, l’on se demande que font le commandant de légion de la Gendarmerie et son frère d’arme du régiment militaire du Wadi-Fira. 

 

Certains jeunes de la localité que nous avons rencontré, demandent au ministre de l’Administration du territoire et de la Gouvernance locale, d’appliquer le décret signé par le chef de l’Etat et d’installer le plus rapidement que possible le successeur de Délio dans ses nouvelles fonctions. Selon ces derniers, le passage de Délio à la tête de cette région n’a pas favorisé l’éclosion des libertés et de la démocratie. Au contraire, il a permis d’attiser les tensions intercommunautaires, d’où la nécessité d’installer un homme de consensus, capable de porter loin les idéaux du chef de l’Etat.  Ce qui pourrait permettre de rétablir le climat de confiance entre la population et son gouverneur et entre le gouverneur et l’administration qui est paralysée, frustrée, déchirée à cause du règne d’une main de fer de Mahamat Délio. Affaire à suivre.

Pahimi veut tordre le cou aux syndicalistes

En vue de trouver un modus opératoire au débrayage social, le Premier ministre Pahimi Padacké Albert a échangé avec la plateforme syndicale composée de l’Union des syndicats du Tchad (Ust), le syndicat des enseignants et chercheurs du supérieur (Synecs) et la Confédération indépendante des syndicats du Tchad (Cist) le 24 novembre dernier. Mais, rien de concluant ne se dessine.

Armel Allarambaye

Le chef du gouvernement, Pahimi Padacké Albert veut sauver son navire qui chavire avec le blocus implacable des activités des institutions publiques infligé par les centrales syndicales. C’est dans ce sens qu’il a tenu à échanger le jeudi 24 novembre 2016 à son cabinet avec les responsables de la plateforme Ust, Synecs et Cist. Une rencontre qui visait la décrispation de la situation actuelle. Dans les entrevues, le Premier ministre a fait deux propositions : « Nous avons été reçus par le chef du gouvernement avec qui nous avons échangé au sujet de la crise que traverse le pays. Dans nos discussions, il était question de trouver une solution le plus rapidement possible. Ainsi, il nous a proposé que nous observions une trêve de 12 mois avec la mise en place d’un comité technique qui se chargera de superviser les négociations à engager au sein du Cadre national de dialogue social. Ainsi que la recherche des solutions adéquates à cette conjoncture difficile», informe Barka Michel, président de l’Union des syndicats du Tchad(Ust). Aussi que les responsables de ces trois centrales syndicales ne sont que les représentants de la base, la position de l’Ust, du Synecs et de la Cist n’est pas connue à propos de ce modus opératoire de sitôt brandi par le chef du gouvernement. « Comme nous sommes mandatés par nos militants, nous avons clairement dit au Premier ministre qu’il leur reviendra de décider. Nous prenons acte de sa volonté, mais pour l’instant, nous ne pouvons pas décider », poursuit Barka Michel.

 

A force de trop être chrétien l’on devient païen, dit-on. Le chef d’orchestre de l’action gouvernementale s’emporte d’une fuite en avant afin que la décision de son équipe d’appliquer d’ici jusqu’à 18 mois ses 16 mesures dites d’urgence prises aveuglement puissent se concrétiser. L’on ne peut s’éclairer en parlant d’une trêve au moment où le fond du mortier est noir. C’est à cet instant que le président de l’Union des syndicats du Tchad laisse entrevoir une position mitigée quant à l’acceptation de la panacée trouvée par Pahimi. « Il est vrai que nous allons avoir l’avis de la base. Mais, avant toute discussion, il faut que l’Etat apure les arriérés de salaire. Vous savez que celui du mois de septembre est en train d’être payé mais le mois d’octobre reste entier. Nous sommes à la fin du mois de novembre donc, il faut aussi penser à cela. Ce sont des contours qu’il faut définir au préalable », clame Barka Michel. Dans les jours qui suivent, des Assemblées générales extraordinaires seront tenues afin de recueillir les avis. Ce qui est clair, dépassés par le marasme qui les afflige depuis un certain temps, les fonctionnaires n’entendent pas se laisser faire. Car, ils estiment qu’observer une trêve de 12 mois revient à consentir l’entrée en vigueur des mesures d’austérité pour 18 mois. Et qu’ils ne sont pas dupes. Bon à savoir, la question des 16 mesures n’est pas encore remise sur le tapis. D’après nos informations l’impéritie du Pm à juguler la bourrasque a conduit les femmes de l’Union des syndicats du Tchad à recourir au chef de l’Etat. Dans leur lettre ouverte qu’elles lui ont adressé, elles attirent son attention au regard de cette crise qui perdure ainsi que sur leurs actions à entreprendre dans les jours à venir. Même si la rencontre entre les syndicalistes et le Pm peut être qualifiée d’une avancée, il est à retenir son souffle quant à la sortie de l’auberge. 

Les pensionnés du Moyen Chari et Mandoul à l’honneur{jcomments on}

Dans le cadre de la décentralisation de ses activités, la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) a lancé officiellement le paiement des rentes et pensions aux assurés  des  régions du Moyen Chari et du Mandoul ce 21 novembre 2o16 à Sarh. Une bonne nouvelle pour les assurés sociaux de ces régions qui ont pour la circonstance touché à Sarh les pensions du 4ème trimestre.

Djasrabé Ndingamndôh, envoyé spécial

« Pensionnés, rentiers et bénéficiaires des allocations familiales, à partir d’aujourd’hui vos souffrances prennent fins. Car, toutes les préoccupations qui me sont parvenues trouvent solution ce 21 novembre 2016. Plus jamais aucun assuré ne doit souffrir pour bénéficier des prestations sociales à la CNPS. Et pour cela, je veillerai personnellement sur cette question. Servir et bien servir tous les usagers de la CNPS qui sont nos clients», lance le Directeur Général de la CNPS M. Abdoulaye Idriss Kala Kala à l’entame de son allocution de circonstance. Il y a de quoi à voir le sourire aux lèvres des assurés qui faisaient des mains et de pieds pour entrer en possession de leur dus à la ville capitale autrefois. Les objectifs de ce projet, consistent aux paiements des prestations sociales sur place  à Sarh, au profit des bénéficiaires résidents. « Le Moyen Chari est honoré aujourd’hui parce qu’elle est choisie pour abriter la cérémonie du lancement officiel du projet de décentralisation des activités de la Caisse nationale de prévoyance sociale. Le cadre de la recherche du mieux-être des travailleurs notamment, celui des pensionnés, l’Etat tchadien a ratifié plusieurs conventions parmi lesquelles l’on note la convention n°102 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) qui fixe les normes en matière de sécurité sociale. Les pensions, les allocations familiales et les rentes viagères, obéissent à la politique d’amélioration des conditions de vie des assurés sociaux prônée par le chef de l’Etat » a affirmé  le gouverneur de la région du Moyen Chari M. Faïtchou Etienne.

 

La spécificité de l’agence de Sarh

Contrairement à l’agence de Moundou où seules les pensions étaient traitées dans un premier temps, il sera à partir de ce jour procédé aux paiements de toutes les prestations à savoir les rentes, les pensions, les allocations familiales. L’immatriculation des travailleurs par les employeurs avec la possibilité de générer directement des livrets sera faite à l’agence de Sarh. Pour ce qui concerne les prestations sociales, le paiement de ces prestations, l’encaissement des cotisations Sociales, le directeur général de la CNPS M. Idriss Abdoulaye Kala Kala informe que toutes ces activités seront désormais faites dans le système d’information de son institution pour une bonne traçabilité des pièces. « Plus entendre parler des déplacements, ni écouter parler des dossiers perdus ». Ce qui revient à dire que les plaintes des clients de la CNPS seront des vieux souvenirs. Le fonctionnement de la CNPS, instrument incontournable au service du bien être social des travailleurs et de leurs familles, exige une bonne source de financement susceptible de maintenir la dynamique. C’est d’ailleurs le leitmotiv de ses dirigeants qui ne ménagent aucun effort pour professionnaliser davantage les services.

Pour la circonstance, l’agence CNPS de Sarh a déclenché le payement du quatrième trimestre. Lapia Nabouguyam, la 1ère assurée qui a reçu sa pension des mains du gouverneur de la région du Moyen Chari exulte : « cela fait plusieurs mois que j’attendais ce genre d’initiative. Avant, il faut aller jusqu’à N’Djamena pour entrer en possession de son argent mais aujourd’hui ce sont les autorités eux-mêmes qui se sont déplacés ici à Sarh pour nous remettre cela. Que Dieu les comble de sa riche bénédiction. Vraiment je n’ai pas de force et des mots pour exprimer ce que je ressens. Mille fois merci aux responsables de cette institution ». Si cette dame asperge la CNPS de bénédictions, Nibbé Békissiel, lui dit qu’il fera bon usage de ses jetons. « J’ai travaillé durement pour économiser ce que je viens de recevoir aujourd’hui. Soyez rassuré que j’en ferai bon usage de cette manne. A l’endroit des employeurs, il faut qu’ils déclarent les travailleurs puisqu’après le travail, ils iront en retraite et ce sont ces cotisations qui les aideront à survivre ».

 

Crée en 1966 par l’Etat tchadien en vue de répondre aux préoccupations en matière de sécurité sociale, la CNPS se positionne aujourd’hui comme un instrument de protection sociale qui assure les principales missions, entre autres, payer les prestations familiales et maternité (Pfm), les pensions vieillesse, invalidité et décès (Pvid), et réparer les accidents de la circulation de travail et les maladies professionnelles (Atmp). Dans le cadre de reformes opérées par la CNPS, des décisions ont été prises afin d’améliorer les prestations de service offerte par ladite institution pour qu’elle assure son rôle qui est de lutter contre la pauvreté.  Plus question pour les agences de la CNPS de provinces, de collecter les documents et les acheminer simplement à N’Djaména pour le traitement. Désormais, il sera du ressort des agences régionales, de collecter les pièces, et liquider elles-mêmes les paiements récurrents sur place. Ce qui désengorgera le siège social qui, pourra enfin, se concentrer véritablement sur la vision stratégique et managériale de  l’institution. 

Ce qui s’est réellement passé

Sept morts et treize blessés, c’est le bilan provisoire d’un affrontement entre les autorités administratives de la Nya et la population de Miandoum le 14 novembre 2016 à Bébédjia. La pomme de discorde porte sur la question de l’occupation anarchique d’un espace à côté du site initiatique de Miandoum par les éleveurs.

Steven Ngarhokarial, de retour de Miandoum, Moundou

Contre un mouton, un complet boubou et une enveloppe, le président du comité de gestion de Miandoum M. Bantoloum Gondemian a octroyé un site initiatique aux éleveurs venus de Kagpal, selon les témoignages recueillis sur place. La colère des autochtones était si grande au point d’opérer des rites initiatiques pour exprimer leur ras-le-bol le 10 novembre dernier. L’action des jeunes initiés a déclenché des sueurs froides au président du comité de gestion M. Bantoloum Gondemian alors non initié, flanqué d’une peur bleue suite à cette manifestation. Informé, le Sous-préfet de Miandoum Obyee Mahamat Taher qui réside à Bébédjia, a fait une descente à 1h du matin dans sa circonscription pour empêcher cette manifestation. Il a été plutôt accueilli par de couteaux de jet avant de rebrousser chemin, mais son vigile a été molesté par les initiés. Le Commandant  de compagnie de la gendarmerie de Bébédjia a fait une descente musclée à bord de sa moto pour vérifier une information selon laquelle, le chef de canton de Miandoum est tombé dans le piège des initiés et a été enlevé à son domicile. Faux, rétorque aussitôt le chef Ngarhambé Djasro Pierre, qui se dit être en sécurité. Mais le Commandant a fait à sa tête pour foncer jusqu’aux lieux du rite.  Il a pris la poudre d’escampette pour se sauver entre les mains des jeunes initiés. Dans le but de trouver une solution à cette crise qui prévaut dans la Sous-préfecture de Miandoum, le préfet de la Nya a convoqué une rencontre d’urgence avec le président du comité de gestion de la commune et  le Sous-préfet. Malheureusement, la réunion a été stoppée par un appel du gouverneur, « Son excellence» Adam Nouki Charfadine. Une mission guidée par le commandant du groupement militaire de Doba à bord de sept véhicules a été déployée sur le terrain par le gouverneur Charfadine pour retrouver  le « Ngalakague », comprenez, le chef des initiés. Les militaires ont profité pour arnaquer la population de Miandoum en cette période de vache maigre. Sur leur passage, 367 000 Fcfa appartenant aux paysans se sont volatilisés, apprend-on. Dans la foulée, le chef de canton et quatre jeunes ont été arrêtés et conduits à Bébédjia.

Des comportements qui frisent la bestialité

Le préfet de la Nya M. Béchir Taher et le Sous-préfet de Miandoum Obyee Mahamat Taher, vont se fondre sur les jeunes de Miandoum venus réclamer la libération de leur chef de canton à Bébédjia. La résidence de Béchir Taher s’est ainsi transformée en une boucherie la nuit du lundi 14 novembre 2016.  Selon les témoignages des blessés, ce sont le préfet de la Nya et le sous préfet de Miandoum qui se sont mués en militaires pour tirer à balles réelles sur les manifestants. « C’est le Sous-préfet de Miandoum qui a ouvert premièrement le feu», lâche un rescapé.  Après avoir réussi leur forfait, le préfet de La Nya qui se réclame parent proche du ministre de l’Administration, a ordonné la libération du chef de canton. « Venez ramasser vos colis », devait-il s’adresser au Chef Ngarhambé Djasro Pierre. Rencontré pour avoir sa version des faits, le préfet s’est abstenu de tout commentaire «Je n’ai pas la parole. Est-ce que j’ai encore la parole ? Le maire de Bébédjia a parlé, Rfi a parlé, Fm Liberté a parlé, Kar Uba et les autres ont parlé…donc c’est suffisant ». Le Sous-préfet de Miandoum pour sa part, s’en remet à l’Eternel « Dieu seul est mon témoin, je n’ai pas tué », lance-t-il, qualifiant la manifestation de la population de Miandoum d’un acte de rébellion. « Il ment », renseigne un administrateur. « Quand on a arrêté le 1er adjoint au maire de Bébédjia, M. Dokambaye Eric pour complicité, c’est lui qui était au volant, nous suivons de près l’affaire», informe-t-il.

 

En effet, il se raconte que le Sous-préfet de Miandoum Obyee Mahamat Taher se croit en terre conquise à cause de ses contacts avec l’ancien Premier ministre Emmanuel Djelassem Nadingar, fils du terroir. S’imaginer citoyen Tchadien sous Nouki Charfadine et ses collaborateurs semble être la pire des malchances, si on se réfère aux témoignages de la population de la Nya. C’est un sentiment de grande inquiétude qui règne en ce moment dans la Sous-préfecture de Miandoum. Selon l’un des témoignages recueillis, craignant les représailles la population a fui le canton Miandoum. A l’heure où nous mettons sous presse, le ministre de l’Administration envisagerait un voyage pour Bébédjia, question de calmer les esprits surchauffés.  Selon des sources concordantes, il sera accompagné par Emmanuel Nadingar et Ngarboudjim Medeur Jacob, natifs de la localité. Mais les habitants de Miandoum tiennent mordicus. Ils revendiquent le départ des autorités administratives de la région du Logone Oriental.

« Parce que je voulais éviter çà et on ne m’a pas compris... »

La situation sociale délétère dans notre pays suscite des réactions tant du côté des syndicalistes que des chefs de partis politiques. Le président du parti Cadre d’action populaire pour la solidarité et l’unité de la République (Cap-Sur) M. Joseph Djimrangar Dadnadji fait la radioscopie de la crise et propose ses solutions de sortie dans l’entretien qui suit. Comme à ses habitudes, le candidat malheureux à la présidentielle d’avril dernier, ne lâche pas ses mots. Il revient aussi sur sa collaboration avec le Front de l’opposition nouvelle pour l’alternance et le changement (Fonac). Découvrez !

Interview réalisée par Allahondoum Juda

Le Visionnaire. Le Tchad traverse actuellement une période de crise financière. Le président de la République a utilisé l’expression « vaches maigres » pour designer cette situation. Comment l’appréciez-vous ?

Joseph Djimrangar Dadnadji. Pour moi la situation ne date pas d’aujourd’hui. Le Tchad est en crise financière depuis un certain temps. C’est depuis pratiquement 20 ans qu’on est en train de travailler pour alléger la dette du pays. Je voudrais parler de l’initiative des pays pauvres très endettés (PPTE). Tous les pays ont réussi à l’atteindre. Mais c’est seulement en février 2015 que le pays a atteint le point d’indice initiative PPTE. Cet aspect, il ne faut pas qu’on l’oublie. Cette crise est due au surendettement du pays. Quand il y avait du pétrole, on s’en foutait en payant des dettes sans savoir que le poids de ces dettes dépasse notre PIB. Il faut enlever de la tête des Tchadiens que cette crise date d’aujourd’hui. Oui, le pétrole peut être l’une des causes, mais fondamentalement, c’est une crise de mauvaise gestion de l’Etat. C’est la gestion patrimoniale de l’Etat. Un pouvoir tourné vers la satisfaction personnelle et non vers la satisfaction de la population. Il ne faut pas que les gens se rétractent pour dire que c’est la période de vaches maigres ou de vaches grasses. Le Tchad a évolué et nous avons des opportunités pour booster notre économie.  Mais, c’est le style de gestion qui nous a conduit à ce choc. On devait s’asseoir calmement pour discuter et voir dans quelle mesure faut il réorienter les choses que de jeter de l’huile sur le feu en disant vaches maigres ou vaches grasses. Les mots ont leurs sens.  Pour moi, nous ne sommes pas encore arrivé à une phase où tout est bloqué. Je ne panique pas.

 

Vous étiez à un moment donné, impliqué dans la gestion de la chose publique. Ne portez-vous pas une part de responsabilité dans cette mauvaise gestion de l’Etat ?

La responsabilité nous la partageons tous, j’avais bien dit que ça fait un quart de siècle que nous avons ce régime. Donc chacun à sa part de responsabilité. Même l’opposition aussi. Parce qu’elle a été incapable de faire plier le régime. C’est une responsabilité collective. Il n’est pas question d’imputer la responsabilité à X ou Y. Tout le monde est concerné. Je suis resté dix mois Premier ministre. Mon départ est justement à cause de ces situations, par ce que je voulais éviter çà et on ne m’a pas compris. Comme je l’ai dit plus haut, il y a la question de l’endettement qui bloque le processus. Quant j’étais arrivé à la Primature, mon prédécesseur (Ndlr Emmanuel Nadingar) avait contracté un prêt de 200 milliards auprès de la Chine. A mon arrivé, j’avais annulé, et tous ceux qui trouvaient leur part dedans n’aimaient pas. Je voulais éviter cette gestion patrimoniale, mais les gens ont dit tu travailles bien mais on a faim. Oui, ma responsabilité serait que je n’ai pas pu changer ce style, à défaut des moyens. Très humblement, je veux que l’Etat soit toujours fonctionnel. Il faut une gestion républicaine pour mettre de l’ordre. Cette crise qui s’impose, on doit avoir une manière ade la traiter. Et non taper sur les points sensibles comme la bourse des étudiants ou les primes des fonctionnaires. On doit s’asseoir pour voir quelles sont les choses qu’on doit sacrifier, lesquelles on doit reporter, et lesquelles garder. C’est çà la gestion républicaine. Il faut se réunir et appeler ceux qui maitrisent les contours pour pouvoir trouver une solution que de divaguer. On ne peut pas faire fonctionner un Etat, si on sort des principes hors normes et se contenter de nos forces. La seule chose qui nous lie c’est la loi.

 

Pour juguler la crise, le gouvernement a pris 16 mesures d’urgences qui sont rejetées par les syndicalistes. A quoi peut-on s’attendre?

La crise elle est profonde, et c’est une crise structurelle. Elle n’est pas conjoncturelle. Le gouvernement la veut conjoncturelle  parce qu’il brandit l’argument que le prix du baril de pétrole a baissé. Mais à dire vrai,  c’est le problème de l’endettement et de l’ajustement. C’est la dette qui nous étouffe, j’ai des chiffres que je ne vais pas vous donner maintenant. Il ne faut pas qu’on nous trompe. C’est la dette qui nous tue. Demandez à Abbas Tolli actuel gouverneur de la BEAC, ce que le Tchad a comme dette. Il faut se poser des questions pourquoi on n’a pas la remise des dettes ? Il ne faut pas jouer au pompier. Il ne faut pas prendre des mesures pour le plaisir de les prendre. Le gouvernement doit clairement dire au peuple qu’il gère la situation de surendettement. Ce sont les conséquences de gestions de désordres et de surendettements que nous vivons. Ce n’est pas le moment de bomber le torse. Un pays souverain qui n’arrive pas à payer les fonctionnaires, c’est une honte. C’est un problème qu’il faut traiter avec un minimum de transparence. La vie de l’Etat transcende les personnes, donc il ne faut pas réduire le train de vie de l’Etat  à sa personne. La respublica veut que tout le monde intervienne en cas de quelque chose.

 

Il y a aussi la suppression de la bourse aux étudiants. En votre qualité d’enseignant-chercheur, pensez-vous que c’est le moment de supprimer cette bourse ?

Le débat ne date pas d’aujourd’hui. Ce sont des choses que les gens ont eu à travailler dessus. Une université n’est pas une garderie d’enfants. Si nous avons une ou deux universités à travers le pays et qu’on les fasse fonctionner normalement c’est l’essentiel. La bourse n’est pas un salaire. Ça ne permet pas à l’étudiant de vivre décemment. C’est une assistance sociale. Avec la bourse l’Etat se débarrasse des étudiants. Qu’est ce qu’on peut gagner en supprimant la bourse maintenant ? La bourse des étudiants n’est pas la cause de la crise. D’ailleurs, eux-mêmes pour avoir ces bourses, font beaucoup de gymnastiques. C’est un problème qu’on vient de rajouter à d’autres.  J’appelle çà de la provocation. Les étudiants sont un secteur sensible. C’est très malin. Ils veulent faire oublier la crise politique avec des élections truquées. Ils trouvent quelque chose pour détourner les gens. Au Cap-Sur, nous disons que ces mesures sont des mesures de distractions.

 

Dites-nous, comment le Tchad peut-il s’en sortir de cette situation?

Aucun problème n’est sans solution. La légitimité du pouvoir c’est de régler les problèmes. Comme le président dit qu’il va appliquer les mesures, on va attendre l’effet que cela produira. La situation est très grave, la crise politique est là et vient se greffer à celle financière. Les écoles ne démarrent pas. Le gouvernement et les syndicats se bouffent les nez, etc. En tant que leader d’opinions, j’économise ces échanges. Il faut savoir garder la raison.

 

Pour finir comment évaluer vous votre participation au Fonac ?

 

Je ne participe pas au Fonac, mais je fais partie de ceux qui ont créé le Fonac. Nous avions un programme de lutte, mais nous n’avons pas tous regardé vers la même direction. Et, comme l’habitude étant une seconde nature, les autres ont préféré une autre démarche. Nous étions des candidats qui étaient allés demander les suffrages et les électeurs nous ont mis en garde. Les gens nous ont dit si on vous donne nos voix c’est pour souffler un peu, et non venir manger et nous oublier. On ne peut pas dialoguer avec une personne qu’on ne reconnait pas sa légitimité. Brutalement, sans explications, on dit, le Tchad est comme çà, et il faut dialoguer. Le passage de rejet de l’élection de Deby au dialogue avec lui, j’ai cherché des explications, mais personne ne m’a apporté des éléments de réponse. Le dialogue est une évidence, et un aboutissement logique des solutions. Mais ce n’est pas encore le moment.  Parce que l’élection du 10 avril dernier qui est plus qu’un ring, s’est terminée en queue de poisson.  La victoire était programmée, et nous sommes incapables de changer la situation.  Nous sommes dans l’opposition qui avait rejeté  l’élection de Deby au premier tour. Nous voulons répondre aux besoins de la population qui nous a fait confiance.